NOUVELLES TENDANCES ET PERTURBATIONS DANS LE SECTEUR DE LA PRODUCTION D’ENERGIE EN AFRIQUE : IMITER LA TRANSITION ENERGETIQUE DES PAYS DEVELOPPES

D’après des évaluations sur la situation énergétique en Afrique, on reporte souvent un manque d’accès à l’électricité et un manque d’infrastructures pour des services énergétiques modernes. On estime qu’il y a 600 millions de personnes sur le continent qui n’ont pas accès à l’électricité, et même quand elles y ont accès ce n’est pas toujours fiable. En Afrique subsaharienne, on prévoit la croissance économique combinée à plus de 5% dans les prochaines années (Deloitte 2017). Et pourtant les infrastructures et alimentations électriques sont loin de suffire pour répondre aux besoins de cette croissance économique. Cependant, tout espoir n’est pas perdu, si on en croit les changements actuels dans l’industrie de l’énergie en ce qui concerne le développement des énergies renouvelables de façon globale.

Comme on le sait, le continent Africain regorge de ressources naturelles abondantes – renouvelables et minérales – qui sont plus que suffisantes pour répondre à ses besoins. Les techniques permettant d’exploiter ces ressources pour produire de l’énergie existent mais ne sont pas encore à leur plein potentiel. C’est parce que des défis entravent le fonctionnement de l’industrie de l’énergie et limitent le développement de son potentiel. Du côté technique, les installations existantes sont inadéquates pour générer et transmettre, les infrastructures sont vieillies et peu nombreuses, sans compter le manque de maintenance et les problèmes dans les systèmes de facturation et de comptage. Du côté économique, les politiques sont mal appliquées et les fonds sont limités. De plus, il y a une pénurie de main d’œuvre hautement qualifiée en recherche comme en industrie. Ces lacunes n’encouragent pas le secteur privé à s’investir plus, ni les investisseurs à fournir les fonds désespérément nécessaires – les risques sont considérés trop grands et il n’y a pas de garantie de retour sur investissement.

Néanmoins, le secteur énergétique en Afrique commence à ressentir une perturbation qui ressemble quelque peu à la transition énergétique qui a eu lieu dans les pays développés. Ces nouvelles tendances énergétiques pourraient façonner le futur de l’énergie du continent et inciter le changement vers un développement durable. Parmi ces tendances on peut compter :

  • Des économies et industrialisations grandissantes qui augmentent la demande en énergie
  • La diversification des sources de production d’énergie passant du pétrole et charbon au gaz naturel et énergies renouvelables
  • Redéfinition des services publics intégrés traditionnels de larges plateformes centralisées vers une solution qui augmente la participation de plusieurs producteurs indépendants d’énergie, pour une production décentralisée (mini-réseaux et hors-réseau)
  • L’augmentation du nombre de consommateurs qui produisent leur propre électricité pour alimenter leurs maisons et commerces, en utilisant l’énergie propre solaire photovoltaïque et des systèmes hybrides de stockage d’énergie
  • L’évolution des technologies liées aux énergie renouvelables encouragée par la baisse des prix, des modèles commerciaux innovants et une reconnaissance mondiale des problèmes que sont le changement climatique et les besoins de développement durable
  • L’apparition rapide de solutions mobiles et transformations numériques

De Aar solar power, Afrique du Sud (50MW)

Ces tendances ont pris un nouvel essor durant les dix dernières années. Comme les pays développés, les pays en Afrique se tournent vers les énergies solaires et éoliennes, et font des énergies renouvelables l’un des principaux objectifs de leur stratégie énergétique. Par exemple le programme d’Afrique du Sud Renewable Energy Independent Power Producer Procurement (approvisionnement des producteurs d’énergie renouvelables indépendants) a réussi à encourager les investissements privés dans le secteur national des énergies renouvelables. On peut aussi voir à quel point l’argent par téléphonie mobile a révolutionné les services énergétiques en Afrique de l’Est et au-delà. Grâce au modèle commercial « payez au fur et à mesure », l’énergie solaire est devenue abordable et accessible sur tout le continent. M-KOPA, une entreprise qui vend des systèmes de production d’énergie rurale pour habitations – s’adressant en priorité aux consommateurs ruraux et à faible revenu – est célèbre mondialement comme le pionnier dans cette branche. Il y a de nombreuses entreprises dans le même domaine, on peut en citer quelques-unes : Mobisol, Off Grid Electric, Powerhive, d.light, Arnergy, Lumos… Des solutions innovantes telles que celle-ci permettent à l’Afrique de développer son réseau d’un coup, comme on a pu le voir avec le secteur des télécommunications qui a rapidement préféré les téléphones portables aux lignes fixes.

Source: Pixova

Bien que le développement de systèmes solaires à petite échelle ait amélioré la qualité de vies de beaucoup, surtout dans les zones rurales, ce n’est pas suffisant. La demande en énergie pour satisfaire les besoins en diversification économique et en industrialisation nécessite un système à plus large échelle que ces petits systèmes peuvent offrir. C’est pourquoi certains se battent pour l’établissement de larges centrales conventionnelles qui fonctionnent au charbon ou même à l’énergie nucléaire. Mais si on considère l’impact environnemental – pollution et contribution au changement climatique – on peut dire que la transition vers un mélange d’énergies propres serait la meilleure voie. Entrent en scène les centrales d’énergies renouvelables à grande échelle et la production décentralisée de mini-réseaux. De plus, l’accès à l’énergie ne se limite pas à l’approvisionnement en électricité. Afin d’avoir un vrai impact, toutes les formes d’énergies devraient être prises en compte. Par exemple, même quand les régions rurales ont accès à l’énergie solaire, les habitants utilisent toujours du bois et pétrole pour cuisiner, ce qui est dangereux pour la santé et pour l’environnement, et limite la productivité. On peut résoudre ce problème en utilisant des cuisinières propres. De plus, la demande accrue en énergie, qui survient lorsque plus de personnes y ont accès, augmente à son tour les besoins en activités économiques qui font circuler l’argent nécessaire pour payer les services correspondants. C’est pourquoi des étapes additionnelles, telles que fournir des appareils énergie-efficients, offrir des équipements fonctionnant à l’énergie solaire et encourager une utilisation productive de l’énergie, sont des moyens de complémenter l’accès à l’énergie de manière avantageuse pour ces communautés.

Afin de progresser significativement, chaque secteur de l’économie a un rôle important à jouer. Les gouvernements ont des lois et des programmes, les entreprises privées et investisseurs s’investissent de façon téméraire dans les marchés, les ONG ont des projets qui délivrent l’accès à l’électricité pour les moins privilégiés. Mais qu’en est-t-il des établissements scolaires ? Il y a toujours un manque réel d’éducation, recherche et formation sur les énergies renouvelables et le développement durable. Sans possibilités de développement des compétences humaines, l’économie ne pourra pas disposer des connaissances et techniques nécessaires pour atteindre son potentiel. C’est un problème qui doit être examiné de plus près par les parties prenantes.

Si on considère les nouvelles tendances actuelles, on ne peut nier que le secteur énergétique en Afrique est en pleine évolution. Les pays capables de prospérer en dépit de ces défis seront un exemple pour le reste, façonneront le futur et aideront le progrès vers un développement économique durable sur le continent.

Centrale éolienne Wild Horse wind turbines au coucher du soleil, Kittitas, Washington (Enterprise Puget Sound Energy)

 

This article was first published on Renewable Energy World Magazine blog

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