LES PARTICULARITÉS DE LA BIOMASSE POTENTIELLE EN AFRIQUE

L’Afrique est l’un des continents au plus fort taux de croissance au monde1 avec le plus de potentiel pour les bioénergies (résidus d’agriculture et cultures bioénergétiques)2. Pourtant, plus de 47% de la population d’Afrique subsaharienne vit avec moins de 1,25 dollars par jour et environ 43% des Africains n’ont pas accès à l’électricité ou à une cuisine propre. Le rôle des bioénergies en sécurité de l’énergie est très important en Afrique subsaharienne où une majorité de la population dépend de l’agriculture et de ses produits pour survivre.

Si on estime la production totale de céréales à environ 140Mt, et en supposant un ratio céréale/résidu de 1:0, les contributions à la biomasse potentielle en Afrique sont de 140Mt de tiges et feuilles3. L’Égypte, l’Éthiopie, le Nigéria et l’Afrique du Sud sont reconnues en tant que les plus grands producteurs de céréales en Afrique. Sans compter les résidus d’agriculture, l’Afrique a encore beaucoup d’options pour générer de la biomasse afin de produire de la bioénergie. Par exemple le sucre de canne (rendu de bioéthanol possible : 4000 L/ha), le manioc (rendu de bioéthanol possible : 1750 L/ha), l’huile de palme (rendu de bioéthanol possible : environ 3000 L/ha) et le jatropha (rendu de bioéthanol possible : 2200 L/ha).4

D’après les estimations de ressources biomasse en Afrique, il y a également 650 million d’hectares (Mha) de forêt bien qu’inégalement répartis5. Le nord de l’Afrique a le plus petit pourcentage de forêt qui n’atteint que 8.6%5 du total des forêts d’Afrique. L’ouest et le centre de l’Afrique contiennent à peu près 280 Mha5 (soit 44%) et l’est et le sud 28% du total des forêts d’Afrique5. Il est intéressant de noter que bien que le nord de l’Afrique ne contienne pas beaucoup de forêts, il contient plus de ressources en combustible fossile. Une autre source majeure de biomasse en Afrique vient de l’exploitation industrielle du bois. Environ 0,94 tonne de carburants provenant du bois est produite pour chaque tonne du procédé complet de l’exploitation industrielle du bois.8 La production de carburants relatifs au bois dans les zones avec ou sans forêts a été estimée à 1,93 m3/ha/an.6 Les sous-produits de l’exploitation tels que la sciure et les morceaux restants après taille du bois ont également été estimés à plus de 1000Mt par an6.

Cependant, on peut voir que la production à petite échelle d’énergie depuis la biomasse varie, car elle est dépendante de la disponibilité et du prix de la biomasse. De même, les unités de production à grande échelle ne possèdent pas les ressources adéquates en matière première malgré les allégations de larges cultures et potentiels de biomasse. De plus, seuls les agriculteurs de culture vivrières ont la possibilité d’entrer sur le marché des bioénergies créé par des propositions et mandats en biocarburants et carburants fossiles mis en avant par plusieurs pays Africains. Le Nigéria et le Kenya ont un objectif d’implémenter l’essence-éthanol E10 ; le Malawi un mandat pour l’E10 ; le Mozambique a un mandat de mélanges 10% et 5% pour l’essence et le diesel respectivement ; le Ghana envisage une consommation de biocarburants de 10-20% d’ici 2030 ; le Mali envisage une consommation de biocarburants (issu du jatropha) de 10-20% d’ici 2018 ; et l’Ouganda envisage un mélange 20% essence-éthanol.

Les terres nécessaires pour la génération de biomasse n’est pas un problème en Afrique, les technologies de conversion de biomasse sont développables. Les zones cultivables en Afrique sont estimées à 700 millions d’hectares7. Les techniques de production de biocarburants de première génération sont entièrement développées et peuvent être utilisées pour une production à petite et grande échelle. Bien que la commercialisation de ces techniques dépende des politiques et du rapport coût-efficacité, quelques pays d’Afrique ont implémentés des politiques de promotion des biocarburants. De façon similaire, les techniques de production d’électricité à partir de la biomasse ne sont pas rares ; par exemple on a observé une production à grande échelle d’électricité à partir de biomasse à l’île Maurice, et production à petite échelle au Mali, Burkina Faso et Sénégal parmi d’autres. Le gel combustible est également utilisé, en Afrique du Sud, et des poêles à huile de jatropha sont en cours de développement.

De larges sommes ont été investies dans l’estimation des ressources biomasse et production de biomasse mais il y a peu d’investissements correspondants en production réelle d’énergie depuis les ressources biomasse. Puisque peu ou pas de bénéfices ont été attribués à cette ressource, est-ce qu’on peut considérer le potentiel de ressources biomasse en Afrique comme « spécial » ?

Références

1-United Nations: The millennium development goals report 2012

2-Agence Internationale de l’Énergie, World energy outlook, Paris, 2011

3- CGPL 2011. Combustion, gasification and propulsion laboratory. http://cgpl.iisc.ernet.in

4- Sielhorst et al. 2008. Biofuels in Africa: An assessment of risks and benefits for African wetlands. www.wetlands.org;

5- FAO. 2005. Global forest resources assessment.

6- Amous S. 1999. The role of wood energy in Africa, FAO

7-FAO, 2009. Harmonised world soil database

8- Dassapa S. 2011. Potential of biomass energy for electricity generation in sub-Saharan Africa. Energy for Sustainable Development 15:203–213

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