ÉLECTRIFICATION DES SITES HUMANITAIRES : ÉNERGIES RENOUVELABLES DANS LES CAMPS DE REFUGIÉS

Le 19 août a marqué récemment la Journée mondiale de l’aide humanitaire, une occasion pour honorer les personnes sur la ligne de front de l’aide humanitaire mais aussi réfléchir aux crises que les conflits ont infligé à des communautés entières par le déplacement de populations qui doivent soudainement tout quitter pour fuir les zones de guerre, les catastrophes naturelles ou les persécutions hostiles. Les camps humanitaires ont besoin de beaucoup de ressources fondamentales telles que les hébergements, la nourriture, les vêtements, les soins de santé et les livres. Or, l’une des ressources essentielles a été négligée depuis un certain temps déjà : l’énergie. Sans énergie, les réfugiés et les personnes déplacées ne peuvent pas chauffer de l’eau, préparer leur repas, s’éclairer et se chauffer.

Le lien entre l’aide humanitaire et les énergies renouvelables est un domaine sur lequel plus d’étudiants, chercheurs, organisations humanitaires, gouvernements, ONG et entités du secteur privé doivent se concentrer dans toute l’Afrique et ce besoin n’a cessé de se renforcer au cours de ces dernières années. Les populations fuyant les zones de conflit ou les régions affectées par des catastrophes naturelles se retrouvent dans des camps humanitaires où on leur offre un hébergement temporaire et de la nourriture mais elles restent en charge des combustibles et de l’eau. Beaucoup d’organisations humanitaires et religieuses n’envoient souvent que de la nourriture comme par exemple de la viande en conserve, des sacs de céréales et des haricots. Les personnes bénéficiant du statut de réfugié ou de Personne déplacée à l’intérieur de leur pays (IDP) doivent souvent préparer elles-mêmes leur repas et il leur faut donc un combustible. Beaucoup sont alors obligés de se rendre dans les forêts avoisinantes pour y ramasser du bois ou autres biocombustibles à brûler. Ceci contribue non seulement à la déforestation mais la cuisine au-dessus d’un feu de bois pollue aussi l’air et a des effets néfastes sur la santé.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que 4 millions de personnes meurent chaque année de maladies non-transmissibles à cause de l’inhalation de suies et autres fumées résultant de la cuisine au-dessus d’un feu. Ces constations ont conduit à la création de l’Alliance mondiale pour les foyers améliorés (Global Alliance for Clean Cookstoves) qui travaille en étroite collaboration avec des groupes et initiatives tels que Safe Access to Fuel and Energy (SAFE) et Practical Action afin de fournir des technologies de cuisson propres aux camps de réfugiés. Cela vaut également pour faire bouillir l’eau afin de la rendre potable et pour assurer l’éclairage dans les hébergements.

Un article publié en 2016 : Energy and Building souligne que les dépenses énergétiques pour la cuisson et l’éclairage dans ce contexte sont estimées à environ 200 dollars par an et par foyer ; et que l’introduction de foyers améliorés et de lanternes solaires pourrait permettre d’économiser 303 millions de dollars par an de frais de combustibles avec un investissement de 334 millions de dollars.

 

La République Centrafricaine, le Soudan, la Somalie, le Burundi et le Nigéria sont quelques-uns des pays africains rongés par des combats civils, des guerres et des conflits ; des millions de personnes sont déplacées, contraintes de fuir pour survivre. Par l’intermédiaire d’organisations telles que le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), des milliards de dollars sont consacrés à la sécurisation des hébergements pour les réfugiés et les personnes déplacées en Afrique, y compris dans les camps de Dadaab, l’un des plus grands en Afrique avec plus de 230 000 personnes dans cinq camps, ce qui en fait la quatrième ville du Kenya, de Dollo Ado en Ethiopie, Bidi Bidi en Uganda et Yida dans le sud du Soudan.

Azraq en Jordanie est un exemple à suivre pour tous les pays du continent africain. Alimenté par une centrale photovoltaïque solaire de deux mégawatts, quelque 20 000 réfugiés syriens vivant dans 5 000 abris disposent d’une électricité fiable et propre pendant leur séjour dans le camp. Plus précisément, ainsi connecté au réseau national, les familles peuvent avoir un réfrigérateur, regarder la télévision, utiliser un ventilateur ou allumer la lumière et charger leur téléphone pour garder le contact avec les personnes restées à l’extérieur du camp.

[Photo : Centrale solaire photovoltaïque d’Azraq en Jordanie]L’un des plus grands défis de notre époque est de veiller aux intérêts de la population tout en protégeant notre environnement, et les sites humanitaires temporaires avec des milliers de personnes déplacées ne font pas exception. Pour mettre les choses en perspectives, l’Afrique compte environ 26 % des réfugiés, et il y a environ 68 000 000 réfugiés dans le monde. En d’autres termes, l’utilisation d’une énergie propre peut contribuer à atténuer les conséquences des impacts du changement climatique. Il ne faut pas négliger les impacts sur l’environnement, ni les besoins des centaines de milliers de personnes déplacées, accueillies dans des camps spontanés (et souvent pour une durée indéterminée) pouvant atteindre la taille d’une petite ville.

Dans le contexte du développement durable, ces interactions doivent être considérées comme un des domaines clés pour les instituts universitaires et de recherche. ISNAD-Afrique espère développer des liens et des collaborations grâce à ses programmes d’aide tels que le Programme de mentorat pour la recherche (MRP) qui permet aux étudiants de travailler sur les problématiques de l’énergie, l’environnement et du changement climatique en collaboration avec des professionnels et des universitaires du monde entier qui les soutiennent dans leurs efforts.

Pour cela, une façon de procéder est de s’allier avec des partenaires non traditionnels qui ne travaillent pas forcément dans le secteur de l’énergie et des questions environnementales et ainsi de soutenir une cause résultant des investissements dans une énergie propre. Les multiples avantages à fournir une énergie propre, fiable et durable vont de l’amélioration de la qualité de l’air et de la santé jusqu’aux actions continues de reforestation. Ce type de relations peut mettre en lumière des domaines d’intérêts mutuels et des actions dont l’impact sera renforcé.

Pour le secteur privé et le gouvernement, cela peut présenter une opportunité de développer des ressources d’énergie telles que des parcs solaires et des réseaux décentralisés. Les gouvernements peuvent alors également considérer d’intégrer les camps humanitaires dans l’état et d’en faire un atout au lieu de les considérer comme des fardeaux.

Afin de renforcer ces efforts, les groupes de défense des droits et d’autonomisation des femmes peuvent également être intégrés. Considérant l’angle de la parité, il faut souligner que les femmes et les filles en particulier, qui sortent des camps humanitaires – et doivent parcourir jusqu’à 10 km étant donné que les zones plus proches sont déjà déboisées – à la recherche de combustibles pour le chauffage et la cuisson, s’exposent à la violence. Voleurs et soldats rebelles rôdant dans les environs peuvent leur tendre des embuscades et leur faire violence. Les femmes sont toujours les principales responsables de la préparation des repas et certains défenseurs peuvent soutenir que le développement des énergies renouvelables dans les camps est une affaire concernant les femmes et la santé. Un éclairage adapté peut rendre le site plus sûr pour tous ses occupants et de plus permettre de supprimer les lampes à pétrole dangereuses à l’intérieur des hébergements.

De nombreuses autres innovations durables peuvent être développées sur ces sites humanitaires et éventuellement être combinées à la fourniture d’une énergie propre, citons par exemple la production de leur propre nourriture comme cela se fait dans le camp Mishamo en Tanzanie, ce qui permet d’éviter les pénuries alimentaires. Une fois les aliments récoltés, il faut s’assurer qu’une source d’énergie propre soit disponible pour la préparation des repas. Le camp de Pugnido en Ethiopie peut également être cité comme exemple : on y trouve un système de placement familial pour les enfants ainsi qu’un enseignement primaire, secondaire et professionnel. Il est important de garantir une forme d’éducation et de fournir l’éclairage nécessaire une fois la nuit tombée.

Pour ceux qui sont investis dans l’énergie durable et le développement en Afrique et qui souhaitent voir l’utilisation d’énergies alternatives optimisée, ceci est un domaine dans lequel la recherche spécialisée et les partenariats efficaces peuvent impacter positivement des milliers de personnes. Idéalement, nous voulons tous un continent sans guerre ni instabilité mais alors que les conflits se poursuivent, nous sommes en mesure de trouver des solutions pour alléger le fardeau des réfugiés et de ceux qui assurent leur sécurité tout en protégeant l’environnement. Les camps de réfugiés en Afrique devraient être une priorité pour les communautés locales et les gouvernements nationaux qui peuvent œuvrer avec les chercheurs et les étudiants afin de trouver des solutions technologiques. Les besoins en énergie propre dans les camps de réfugiés continueront à exiger une attention et une expertise croissantes.

 

Cet article a été publié sur le blog du magazine Renewable Energy World.

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